Quand on est à Kasane, à deux pas du Zimbabwe, on n’a pas le droit de rater la visite des Victoria Falls.
Cependant, l’administration du Zimbabwe est tellement tatillonne, chère et compliquée que nous avons renoncé à y aller avec nos voitures, les délaissant l’espace d’une journée, au profit du minibus d’un voyagiste local afin de retrouver là les traces du grand Livingstone. Les Victoria Falls, révélées au monde par le célèbre explorateur écossais en 1855 sont longues de 1 700 mètres et hautes de 107. Situées à cheval sur les territoires du Zimbabwe et de la Zambie, les chutes du Zambèze sont considérées comme les premières au monde. Dans la végétation luxuriante qui les entoure, la visite est un véritable régal, où reviendront les vieux clichés: explorateurs en tenue coloniale, machettes, porteurs, serpents, fauves... Dans une humidité extrême, assurée par la pulvérisation de fines gouttelettes, nous admirons le spectacle hallucinant des 700 000 mètres cubes d’eau projetés chaque minute du haut des falaises abruptes.
Les Pans.
L ‘étape suivant nous amène dans la région des Makgadikgadi pans. Cette région est constituée d’immenses lacs salés et généralement asséchés, dont la superficie totale atteint 20.000 km2, soit les 2/3 de celle de la Belgique. Vieux de cinq millions d’années, ils seraient le point de départ sud de la vallée du Rift. A la saison des pluies, l’eau y stagne quelquefois et il est impossible de s’y aventurer au risque de voir son véhicule disparaître à jamais, absorbé par les boues qui subsistent sous la fine croûte de sel. En saison hivernale, la saison sèche ici, j’ai pu traverser plusieurs fois les pans avec délectation. Rouler sur cette couche uniformément plate est un vrai régal. Cependant, cette année nous avons du renoncer car les pans étaient en eau. Nous avons d’ailleurs essuyé le seul orage que nous ayons jamais eu à subir, justement quand nous nous étions un peu avancés sur un de ces lacs à la rencontre des milliers d’oiseaux qui y font étape pendant leur migration. Sous l’orage, la surface du pan s’est vite transformée en boue spongieuse. Tandis que les traces de nos pneus devenaient de plus en plus profondes, nous avons du nous précipiter vers la terre ferme en louvoyant à la recherche des zones franches et encore solides. Situation angoissante s’il en est, quand on sait être sur une zone à risque et qu’on se fait surprendre par ce que l’on redoute le plus. Les essuie-glaces n’en pouvant plus, la visibilité étant quasi nulle, les trajectoires des autos devenant de plus en plus hasardeuses, le retour sur la terre ferme sans dommage nous fût un grand soulagement.
De retour à Gaborone, les véhicules restitués, la nostalgie du retour aidant, notre cœur était encore là-bas, aux confins du Kalahari, là où les montagnes s’érigent en famille, près de ces petits hommes qui vivent encore comme vivaient nos ancêtres à tous, il y a des milliers d’années. Malgré qu’à chaque nouvelle rencontre, notre modernité les perturbe durement et ébranle les fondements de leur culture. Mais, s’ils détenaient la vérité ? Si la sagesse était leur simplicité ? Si leur dénuement renforçait les valeurs essentielles de l’homme et de l’humanité ? Devrions-nous encore les détourner de leurs racines en les encombrant de notre attention et des surplus de notre civilisation qui les dirige vers un monde de propriété qui ne leur convient pas ?